Essai : Taiseiya v/s ATC - Datsun Bluebird 310

Comme nous l'avons vu il y a quelques mois dans l'article sur la Toyopet Crown (1), les restrictions d’après-guerre sur la fabrication de voitures particulières japonaises furent complètement levées en octobre 1949. En Allemagne, les choses allèrent un peu plus vite. Il est vrai que certains des pays occupants après mai 1945, cherchèrent à faire redémarrer l'industrie germanique le plus rapidement possible. Et effectivement, on ne pourra pas reprocher aux britanniques d'avoir traîner sur le projet Volkswagen, celui ci se transformant rapidement en success story comme on le sait maintenant.
 
Et tout comme en Allemagne durant la deuxième moitié des années trente, les budgets étaient rapidement passés vers l'armement. L'influence très forte des militaires, les velléités de pan-asianisme sous domination japonaise, la guerre sino-japonaise puis l'entrée en guerre contre les États-Unis, avaient porté un coup fatal à l'industrie automobile de l'archipel. Après l'effort de guerre, les entreprises démobilisées durent rapidement sauter du militaire au civil en passant par la case entretien du matériel d'origine américain, avant même d'oser imaginer pouvoir concevoir des véhicules quels qu'ils fussent. On imagine aisément le peu d'entrain des ouvriers et ingénieurs passant de la conception et construction aéronautique à la réparation de Jeep et de GMC, même si le remorquage de ces derniers effectués à l'aide d'Harley-Davidson pouvait s'avérer jubilatoire. Enfin surtout raconté cinquante ans après, dans les bars où le saké coule à flots (2).
 
Une Austin A50 fabriquée au Japon
On peut imaginer que c'est peut-être parce que le Japon était administré par un seul occupant, que les choses y traînèrent un peu plus. En 1946, le commandement suprême des forces alliées lança un plan de décartellisation de l’industrie, entre autres petites choses, permettant de changer profondément le mode de vie de l’archipel. Mais très vite la poussée du communisme en Asie préoccupa l’occupant au point que le mot d’ordre fut de rendre le Japon autonome le plus vite possible dans l’optique  de se concentrer sur de nouvelles guerres.
 
Version de base 310 ou 311 issue d'un catalogue 1961
Afin d'éviter une main mise totale sur le marché automobile national par les constructeurs américains, et surtout pour rattraper le temps perdu, le gouvernement japonais encouragea les rapprochements techniques avec des constructeurs étrangers, plutôt d’origine européenne, principalement britanniques et français tels que Hillman, Austin ou même Renault.
 
Découpe de couleurs classique sur version P311
C'est ainsi que Nissan Motor signa en 1952 un accord de "coopération technique" avec Austin, et que la production en série de l'A40 Somerset Saloon démarra au Japon en avril 1953. La raison pour laquelle Austin avait été choisi comme partenaire est qu’à l’époque aucune autre entreprise n’exportait autant de voitures sur le marché américain, et ce, malgré le fiasco de l'A90 (!), mais aussi, parce que les Austin étaient des voitures de petites tailles, convenant mieux à la demande japonaise que les grosses américaines peu maniables dans les petites rues, et très gourmandes en carburant.

Une P312 de 1962-63 (photo coll. Koyata Iwasaki)
L'accord stipulait que chaque année, 2000 unités de l'A40 seraient importées en pièces détachées et assemblées sur place, qu'au fur et à mesure, les composants proviendraient de plus en plus du Japon, et qu'Austin fournirait tout le soutien technique nécessaire tant pour l'assemblage que pour le passage à la production nationale.

Présentation à la presse de la 312 (photo coll. Koyata Iwasaki)
En décembre 1954, en raison du changement de modèle d'Austin au Royaume-Uni, Nissan passa à l'assemblage de l'A50. De tels progrès avaient été réalisés dans l'approvisionnement local au niveau des composants, qu'en fait le point 100 % Made in Japan fut atteint en août 1956, bien plus tôt que prévu.
 
Nouvelle découpe de couleurs pour les versions Deluxe
notez le logo Full sur la calandre indiquant que la boîte
de vitesse est synchronisée (photo coll. Koyata Iwasaki)
Tout en continuant la fabrication de l'A50, Nissan sortit donc la petite 110 en 1955, remplacée par la 210 en 1957, puis enfin concentra l'intégralité de ses efforts sur la 310 qui fut présentée en août 1959 et se vit officiellement baptiser Bluebird, en raison de la forme des feux arrières... Ce nom aurait déjà été évoqué pour une version de la 210 selon certains amateurs de la marque. Le dessin de cette nouvelle Datsun est dû au designer maison Shozo Sato et bien qu'étant dans la lignée des Austin, on peut aussi lui trouver des petites réminiscences de la Fiat 1100.
 
Réclame américaine pour la Bluebird
La Bluebird 310 sort en août 1959 et est disponible avec le moteur de 1000cc de 38cv de la 210/211 mais également avec un moteur de 1200cc développant 43cv. Les deux versions sont équipées d'une suspension indépendante à l'avant ce qui procure un gain de confort indéniable en comparaison avec les Datsun précédentes. Rappelons au passage que ce système est la base de la suspension des Peugeot depuis le début des années trente. Ceci donne une idée du retard que les constructeurs japonais vont arriver à rattraper en très peu d'années.
 
Typique de cette époque, le levier de vitesse est "à l'américaine", au volant. En juillet 1960, sort la PW310, W pour wagon, une très jolie version break ressemblant fort au light van issu de la série précédente. Bien que cette fois ci il s'agisse d'une automobile de tourisme avec une possibilité d'utilisation commerciale et non plus d'un véhicule utilitaire, c'est une première au Japon.
 
À partir de juillet 1960 les Bluebird seront donc disponibles en 1200cc sous les appellations P310, P311 et P312 mais également en version 1000cc plus économique, la lettre P (pour power ?), disparaissant alors. Outre la possibilité d'avoir le moteur de 1200cc à soupapes en tête développant 55cv depuis février 1961, c'est surtout la boîte 3 vitesse entièrement synchronisées qui fait la grande différence entre les 310 et P311, en outre un embrayage Saxomat est disponible en option.
 
Cette jeune femme pose fièrement devant sa Bluebird qui arbore
plusieurs des options de la Fancy Deluxe, néanmoins il s'agit en
fait d'une P311 Deluxe accessoirisée
Si les changements avaient été techniques pour le passage de la 310 à la 311 en octobre 1960, ils sont surtout cosmétiques pour la 312 présentée fin 1961. Elle arbore notamment une calandre plus large englobant les feux de clignotants, et les ailerons d'ailes arrières sont plus marqués que sur les premiers millésimes. Les version bicolores reçoivent une nouvelle découpe de couleurs.
 
L'intérieur d'une Fancy Deluxe avec le porte 
parapluie et les petits rideaux (photo Nissan)
Enfin, toujours en février 1961, sortiront les version Deluxe DP312 et surtout la Fancy-Deluxe DP312-L pensée pour la clientèle féminine, jugez plutôt : Carrosserie deux tons généralement, jaune pâle et rose avec jantes assorties, intérieur jaune pâle et gris, emplacement pour ranger les chaussures à talon sous le tableau de bord, un miroir de courtoisie côté conductrice, de plus grands rétroviseurs, des petits rideaux, une transmission automatique, une barre transversale permettant d'accrocher des cintres, un porte parapluie, un petit vase pour des fleurs, une pédale d’accélérateur plus longues au cas où madame n'aurait pas remisé ses chaussures à talons dans l'endroit prévu à cet effet, et fin du fin, une centrale de clignotants qui fait de la musique ! Le succès fut tel que cette version fut reconduite sur la Bluebird 410.

Tableau de bord modernisé de la Fancy Deluxe
Notez à gauche l'emplacement pour glisser la
paire de pompes à talons de madame (photo X)
Cette première génération de Bluebird est devenue l'une des premières voitures japonaises à être vendue en nombre important en Europe, notamment après que la Finlande ait pleinement ouvert ses portes aux importations automobiles en 1962. 700 exemplaires furent importés et au moment où la série 410 arriva, Datsun y avait dépassé SAAB et Triumph en termes d'immatriculations. Même si elle n'était pas très rapide, la robuste Datsun était bien adaptée aux routes accidentées finlandaises de l'époque.
 
Chez les réducteurs, les deux principales marques japonaises vont jeter leur dévolu sur la nouvelle Bluebird. Au 1/45ème, ATC dans sa série Model Pet proposera les deux versions de la première Bluebird, premièrement sous la référence 5 puis sous la référence 17 en retouchant un peu le moule, cette dernière étant supposée représenter la Fancy-Deluxe alors qu'elle sera toujours proposée en peinture unicolore. 
 
Les coloris de La Bluebird Model Pet sont pour la référence 5 bleu gris métallisé, rouge, bleu et blanc et rouge et blanc (ou ivoire). Il est bien évidemment possible qu'il y ait d'autres coloris plus confidentiels. Il est généralement très peu visible, mais il y a un petit tampon surchargeant les rabats des boîtes des versions bicolores.
 
Les jantes sont à insert crème avec une petite touche de chrome en leur milieu, ce placage ne résistant pas très bien au temps. Les modèles sont toujours vitrés mais ne possèdent pas d'intérieur. 
 
Pour la référence 17, les coloris constatés sont rouge foncé avec jantes identiques à la version précédente, puis vert pomme ou crème, ces deux derniers coloris étant eux, équipés de jantes "tournées". Cette version est toujours équipée d'un intérieur et d'une suspension.

 
Chez Taiseiya, trois versions sont disponibles. D’abord la Bluebird 310 sous la référence numéro 2 dans la première série Micro Pet équipée de moteur à friction qui sort en juin 1961. L'échelle choisie est comme pour ATC, le 1/45ème. Si les exemplaires de début de production sont unicolores, ils sont rapidement remplacés par des versions bicolores. Celles ci bénéficient de deux types de découpe de couleurs : avec le pavillon et les montants, d'un coloris différent de celui de la caisse, et une deuxième version dont le pavillon, les baies de pare-brise et de lunette arrière sont peint dans un coloris identique à celui du bas de caisse, un deuxième coloris faisant une démarcation.
 
Comparaison entre la Model Pet et la Micro Pet
La 312 Micro Pet qui sort en 1962, est quant à elle, toujours bicolore reprenant la démarcation au niveau de la ceinture de caisse de la 310 mais avec le haut de caisse du même coloris que le pavillon.
 
Photo iconique tirée du premier catalogue Taisiya. Pas moins
de 7 Bluebird type 1 sont sur la table, plus une huitième dans
la main du jeune garçon !!! 
Néanmoins même si la deuxième variante pourrait avoir bénéficié d'une plus longue carrière, elle est quasiment introuvable et atteint des sommets affolants dans les ventes aux enchères japonaises. Ceci s'explique certainement par l'immense popularité de Datsun au Japon, tant à l'époque où, les bambins locaux se ruaient sur ces modèles, que de nos jours, auprès des collectionneurs. La 312 sort du catalogue courant 1963, elle aura été produite durant deux ans en quantités limitées, Taiseiya n'ayant pas les cadences d'ATC.
 
Superbe exemplaire de la 312 avec sa boîte neutre d'origine
comme souvent pour les modèles de fin de production
(photo tirée du livre de Shuji Imai)
Les coloris recensés pour la 310 sont : gris, rouge foncé et bordeaux pour les versions unicolores. Beige et ivoire pour la première et pour la deuxième découpe et enfin bleu-gris et blanc ainsi que vieux rose et blanc cassé, uniquement en deuxième découpe. 

Les jantes de ces modèles sont d'abord du type A en métal bombé, dites steel pressed, ont les retrouve sur les version unicolores de début de production puis sur les première bicolores, enfin ces dernière sont plus largement équipées de jantes type C avec insert du plus bel effet. De vraies Deluxe !
 
Cliché d'un alignement qui se passe de commentaire (photo tirée du livre de Shuji Imai)
 
Beau cliché promotionnel de la DP312-L Fancy Deluxe
Pour la 312 on peut trouver les coloris suivants : Orange et crème, Saumon et ivoire et brun-rouge et ivoire. À priori la 312 est toujours équipée de jantes à insert, néanmoins il existe un exemplaire pourvu de vieilles roues... Taiseiya étant une firme proche de l'artisanat, il y a souvent des exceptions, il existe notamment au moins un exemplaire bicolore de la 312 avec la découpe de la 310 en beige et blanc cassé qui a atteint la somme de ¥ 503.000 (environ 3500 euro) il y a quelques années à la suite d'une enchère durement disputée. L’exemplaire en question n'avait pas sa boîte.
 
Et enfin la très rare (ou tout aussi rare), Cherryca Phenix n° 22 au 1/40ème, première Taiseiya avec des ouvrants, qui, si elle sort officiellement en juin 1963, n'est finalement commercialisée qu'à partir du mois d'octobre de cette même année, soit un mois après la présentation en septembre de la Bluebird 410 par Datsun au salon de Tokyo. Taiseiya choisira immédiatement d'abandonner ce modèle pour se consacrer aux autres nouveautés.
 
Ceci s'explique par le fait que Taiseiya était une très petite entreprise dont le mode de fabrication des modèles de la série Cherryca Phenix était luxueux, attentionné et lent, on parle de nos jours de quelques centaines d'unités sortant quotidiennement de l'usine, rien à voir avec ATC ou encore pire, avec les marques européennes telles que Dinky ou surtout Norev dont les chiffres de productions étaient trois fois plus importants que ceux de Bobigny.

Encart publicitaire du numéro de novembre 1963 du magazine
japonais Collector, notez que la vitrine est remplie de... Dinky
Toys et de petits cartons indiquant la nature des modèles comme
il était de coutume au Japon à l'époque
Il est par ailleurs amusant de noter que cette fameuse Bluebird, n'est officiellement plus une Cherryca Phenix, mais une Micro Pet, car avec l'abandon de la série des modèles à friction, Taiseiya regroupe  toutes ses miniatures sous cette bannière, tout en conservant le système de numérotation PHE + numéro. Cette Bluebird est la première Taiseiya à sortir sous cette "nouvelle" appellation.
 
La 312 Cherryca Phenix / Micro Pet existe en trois coloris : Bleu nuit, beige clair et vert pâle
 
Si il est relativement aisé de trouver les versions commercialisées par la Asahi Toys Company, il n'en est malheureusement pas de même pour celles émanant de chez Taiseiya, il existe aussi pour les fins gourmets, de grandes "tôles" fabriquées par Bandai (310 et 312), aussi belles qu'onéreuses...

À suivre avec la BlueBird 410
Un article rédigé par Erwan Pirot
Sources : Nissan Global, Wikipedia, Classic car catalogue
Toy cars Made in Japan 1950-1960s par Shuji Imai
Les documents et miniatures photographiées, sauf indication contraire, sont © La Route Enchantée 
 
(1) Ami lecteur, si tu as oublié de lire ce merveilleux article, dépêche toi de cliquer dans le lien ci après afin de parfaire ta culture automobilistique : Toyopet Crown Deluxe RS
 
(2) Libre adaptation d'une légende urbaine tenace dans les années 60 à 80, et véhiculée par ceux qui en avaient été "témoins" à la libération ! 

  






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