Essai : J.R.D. les 2cv Fourgonnettes réf 108 – 109 – 118 (Modèles 51 & 61) et C.I.J. réf 3/76

Faisant suite aux références 111 et 117, J.R.D. va proposer très ra
pidement, à son catalogue de 1958, deux nouvelles versions de sa fourgonnette 51 sous les références 108 et 109. Contrairement à NOREV qui décline ses petits utilitaires 2cv en modèles publicitaires (Calor, Teppaz, Kodak…) la firme J.R.D. choisit, elle, d’opter pour des véhicules du service public.

Le premier, dédié à la toute nouvelle grande administration « Electricité de France » créée en 1946 par décision gouvernementale, est la représentation de la flotte existante de petits véhicules qui intervenaient sur le réseau ou chez les particuliers.
 
Sous la référence 108, il porte donc un logo EDF apposé sur fond jaune, dans un losange, sur les côtés du caisson arrière. Le modèle est fini en gris clair dans une couleur de série, le fameux bleu emblématique n’apparaissant qu’au milieu des années 60.
 
Il se caractérise par l’ajout d’une petite échelle pliante sur le toit qui a dû plaire aux gamins en son temps. Son châssis est bien entendu toujours du deuxième type (lettrage en relief), et ses roues chaussées de pneus blancs puis noirs.
 
La boîte, rouge puis jaune en fin de production, est celle de la version civile sur laquelle sont collées des petites étiquettes sur les deux rabats mentionnant la référence 108. 
 
En 1961 la fourgonnette « E.D.F. » bénéficie du nouveau capot, la référence demeure alors inchangée et sa boîte est maintenant exclusivement de couleur jaune. Sur cette version les pneus peuvent être soit blancs soit noirs, la carrosserie est peinte dans des gris plus ou moins foncés, et bien entendu ce gris n'est plus celui utilisé sur les modèles de série puisque dorénavant ceux-ci sont exclusivement peints en bleu moyen.
 
Simultanément, J.R.D. sort aussi une version « pompiers » sous la référence 109. Fini en rouge vif, le modèle est en tout point similaire dans ses évolutions à la version « E.D.F. ».  
L’échelle de reproduction est toujours le 1/40ème et sur le toit est présente la même petite échelle pliante. Les autocollants,  apposés  sur ses portières, portent l’emblème du régiment des Sapeurs Pompiers de la ville de Paris (Régiment qui deviendra brigade à partir de 1967). L’acronyme « SP » des Sapeurs Pompiers se rapportant aussi à la devise « Sauver ou Périr ». 
Là encore la boîte individuelle rouge, puis jaune à la fin des années 50, comporte sur ses rabats des petites étiquettes descriptives. La version 61 (boîte jaune) complète la série avec possiblement des rouges plus ou moins vifs (nuances).
 
En parallèle, et ce toujours en 1958, Dinky-toys France présente à son tour, une jolie version fourgonnette de sa 2cv en finition… Sapeurs Pompiers de Paris ! 
 

 
 
Contrairement aux marques concurrentes Dinky et C.I.J, voire Solido. qui possèdent toutes une jolie gamme de reproductions d’avions miniatures, et ce dès l’avant guerre pour certaines, J.R.D passe à côté de ce secteur au ciel déjà bien encombré et  va se contenter de reproduire un petit véhicule utilitaire aux couleurs de la compagnie Air France (nationalisée en 1945).
 
Sous la référence 118, deux ans après la sortie des références 108 et 109, c’est donc une nouvelle fourgonnette 2cv qui voit le jour. Le modèle est particulièrement attrayant avec sa découpe de peinture au pochoir, la base étant bleu et le haut du caisson blanc crème rehaussé par des autocollants AIR FRANCE en lettrage blanc sur fond bleu.
 
Le bleu moyen de la  version de 1960 est repris pour la  nouvelle de 1961, mais elle peut aussi bénéficier d’un bleu/violet sensiblement différent. Les pneus sont blancs ou noirs. Les boîtes, quant à elles,  sont toujours jaunes car 1960 est l'année charnière de leur  changement de teinte (à l'exception des TCF qui demeurent rouge). Elles comportent, là encore, deux petites étiquettes de références sur les deux rabats, de couleur bleu moyen sur les premières versions et bleu clair sur les suivantes.

Catalogue 1960 : Apparition de la nouvelle fourgonnette Air France
 

 
 
Catalogue 61 - Les mêmes avec les avants redessinés mais une absence de communication sur la réactualisation des modèles ?!
 
 
Tarif 62 - Des petites variations de prix (en nouveaux francs) sur les différentes 2cv. La "Air-France" fait encore figure de nouveauté au même titre que l'Ami 6 ou la Simca 1000 (qui elles n'ont pas encore de prix définis). Les Jaguar et les Fiat annoncées (présentes aussi sur le catalogue 62) ne verront malheureusement jamais le jour... chronique d'une fin annoncée ?
 
Il y aurait eu un retirage de 500 exemplaires ?!
Il faut aussi mentionner les très rares versions promotionnelles, réalisées uniquement sur des moules  51 et montées en roues type 2. Les deux premières sont les fameuses « COMAP et SUDO » finies en bleu soutenu et décorées de transferts, argentés (uniquement sur la SUDO) et oranges aux lettrages noirs, très décoratifs. Ces entreprises, liées à la robinetterie industrielle générale, ont perduré de nos jours mais, à notre connaissance, il n’existe pas de document d’époque concernant une quelconque opération publicitaire...
 
Seule information, les modèles étaient livrés en boîtes génériques rouges (réf 111) ce qui en situe la production dans la deuxième moitié des années cinquante. Le tirage, dont on ignore le nombre, n’ayant pas dû être très conséquent si on se rapporte aujourd’hui à la grande rareté de ces modèles. A noter que la version « COMAP » a aussi été produite sur la base du fourgon 1200kg. 
 
Les belles publicités parues dans Paris Match courant 58
la date de clôture de participation est  fixée au 1 septembre
Enfin, un modèle de fourgonnette fini dans le même bleu mais décoré aux noms de « Claudel-Roussin » a vu le jour récemment (ex collection Goirand et actuelle collection Espinasse). Pour le moment nos recherches le concernant sont restées vaines…
 
La suivante (et peut être la plus belle ?) est dédiée à la marque « Renfort 15 Nylon » de Besançon et cette fois ci nous avons plus de chance car plusieurs publicités sont connues ! Elles nous renseignent, dans un premier temps, sur la quantité de miniatures produites avec un premier tirage à 5000 exemplaires, suivi, sans doute, d’un second plus restreint à 500 « Pièce rare pour votre collection, puisqu’elle n’est cette année fabriquée qu’en 500 exemplaires ». Et puis les deux publicités parues dans Paris Match, illustrées de la main du dessinateur Coq, sont datées de l’année 1958. 
 
Le modèle est fini en jaune et les transferts « RENFORT NYLON 15 », ornant les côtés du véhicule, en bleu marine. Sur le capot, c’est la petite étiquette que l’on trouvait sur les vêtements qui est reproduite. La boîte, personnalisée, diffère de l’originale et à elle seule vaut le détour. Finie dans les couleurs de la miniature (Jaune et bleu) elle est vraiment très réussie.
 
Une des dernières publicités J.R.D. (JOUETS et JEUX 1964)
La communication n'est pas toujours fluide... Les nouveautés
mises en avant datent de 61 (DS cabriolet, Peugeot 404) et, en
revanche, celles de 62 (Ami 6, Simca 1000) ont été oubliées ?
Pour être complet sur le sujet, citons enfin une version antérieure aux précédentes (roues et châssis du premier type et donc sans boîte individuelle) possédant, sur une couleur grise basique, des petites décalcomanies aux couleurs des huiles « YACCO », indissociables dans la mémoire collective des records Citroën d’avant guerre. Ce modèle, relativement fréquent sur les tables des bourses dans les années 80, serait possiblement un code 3 ? À voir…
 
Tarif C.I.J. du 15 avril 1967, la 2cv poste (réf 3/76) est
proposée au prix public de 3.90 Frs (la 404, réf 3/13
en provenance de J.R.D., y est présente depuis 1966)
et d'autres nouveautés à paraître en mai !
Mais revenons aux modèles de série avec la reprise du moule de la fourgonnette 61 par la C.I.J.. Nous sommes en 1966, la firme J.R.D. qui diffusait encore des miniatures fin 64 (voir la facture datée sur l’article de la Traction 11cv) a définitivement cessé sa production (la date précise de cessation d’activité n’est pas connue mais on peut l’envisager courant 1965). La compagnie industrielle du jouet récupère alors le stock existant (ainsi que les moules ?) et, pour ce qui concerne les automobiles, le diffuse de façon pragmatique, rajoutant par exemple à son tarif de 1966 la 404 Peugeot restée à l’état de  prototype  dans son usine de Briare. Par ailleurs, sur ce tarif 66, apparaît en toutes lettres le nom de JRD accolé à ceux d’EUROPARC et CIJ, comme si ce n’était pas juste un simple rachat des invendus mais bien de la marque dans son intégralité, voir une fusion ?! Après relativisons, sur le dernier petit catalogue C.I.J., daté lui aussi de 1966, il n’est pas fait mention de J.R.D. et cette information n’était peut être destinée qu’aux revendeurs ? D'ailleurs, la majeure partie de la gamme ne sera pas reprise...
 
Dans la continuité des 2cv fourgonnettes créées par J.R.D., axées sur des reproductions de modèles issus du service public, c’est cette fois ci une version « Poste » qui voit le jour. La miniature est finie dans le nouveau jaune apparu en 1962, aujourd’hui surnommé le « jaune PTT » (AC 311 chez Citroën). Elle comporte, outre l’oiseau bleu stylisé (création de Guy Georget) sur ses portières, des petites étiquettes « caisse d’épargne » sur les cotés du caisson, lui-même étant rehaussé, sur toute sa longueur, d’un filet bleu réalisé au pinceau. Les pneus sont le plus souvent noirs mais peuvent parfois être blancs. 
 
Sous le châssis, un petit adhésif  "CIJ made in France" 
vient surcharger le marquage JRD
La boîte, jaune, est celle de la fourgonnette, une petite étiquette rapportée sur les rabats nous indiquant la référence 3/76. (Certains très rares modèles ayant été diffusés en boîte Europarc). Sous le châssis est apposé un adhésif comportant un marquage CIJ, de couleur bleue, indiquant en fin de compte la volonté de se démarquer du modèle originel. Cet adhésif est le plus souvent absent mais a laissé une trace sur la peinture du châssis indiquant la marque C.I.J.. 
 
A l’instar de la version « pompiers » produite par J.R.D. la version
« Poste » de C.I.J. se verra concurrencer par la parution du modèle
Dinky-Toys (Réf 560), qui, bien que sorti en 1963, comporte encore
l'ancien avant associé au nouveau logo de l'oiseau postal !
Mais, pour la C.I.J., le chant du cygne approche et cette production éphémère (une année seulement) est-elle une réutilisation opportune du stock de l’usine ou un vrai retirage ? Nous ne le saurons jamais mais la très faible quantité de modèles produits plaiderait plutôt pour la première hypothèse. Le modèle ne sort qu’au printemps 1967 et il côtoie, par exemple, sur le nouveau tarif professionnel, la rare version du 1200kg aux couleurs de Brandt (qui a connu en parallèle une diffusion promotionnelle) ainsi que l’emblématique Transcontinental express.
 
Avec du recul, cette série de 2cv utilitaires est une grande réussite dans son ensemble. Nous pourrions la comparer aux déclinaisons des fourgonnettes Renault 300kg chez C.I.J.. Toutes deux sont représentatives (et complémentaires) des petits utilitaires qui sillonnaient quotidiennement les routes de France à cette époque. Mais au début des années 60, les collectionneurs, et les enfants eux même, se tournent déjà vers plus de réalisme pour la représentation de leurs autos miniatures. L’échec de la série Junior de Dinky-Toys, pariant sur des modèles extrêmement dépouillés en entrée de gamme, est parlant. La Citroën ami 6 ou la Simca « 1000 », sorties chez J.R.D. en 62, en sont aussi de bons contre exemples : capot ouvrant, moteur, glace, sièges et suspension ! Et au final, comme pour les 2cv berlines ou les 11cv, les dernières fourgonnettes semblent, de par leur dépouillement, un peu dépassées… et c’est logique, car même si l’avant du modèle a été réactualisé en 61, le moule d’origine date, lui, aussi de 1954. Cela étant dit, pour les amateurs de jouets automobiles miniatures des années 50/60, et plus particulièrement pour les inconditionnels de la marque aux chevrons, cette série reste, à juste titre, un sujet incontournable.

                                                            Un grand merci à Michel pour les modèles qui illustrent cet article
Un article rédigé par Vincent Pirot

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