Chronique : SAPRAR - Les derniers jouets Renault

La SAPRAR (Société Anonyme Pièces Accessoires Renault) voit le jour en 1929 (dans un contexte de crise économique mondiale). Au départ, elle a pour but d’alimenter les concessionnaires en pièces détachées. Puis, suis la diffusion d’accessoires de toutes sortes dont l’idée première est de permettre l’amélioration esthétique, ou mécanique, des modèles au travers de leurs différenciations. Les voitures étant alors, pour des raisons de coût, standardisées à l’extrême.

Le siège de la Saprar dans les années trente vu du boulevard Pereire
À l’automne 38, Renault, par l’intermédiaire de la SAPRAR, demande au carrossier Marcel Pourtout d’élaborer une version découvrable de son coach Juvaquatre. Trois versions sont proposées (toit ouvrant normal, toit découvrant, et système tous-temps) pour une production effective d’environ 300 modèles. Suivent, en 1939, quelques berlines découvrables élaborées sur la base du modèle Juvaquatre ou  Primaquatre Sport et, surtout, deux superbes versions sportives, totalement originales, finies respectivement en cabriolet et en roadster. Le dessin de ces voitures est de la main du très talentueux Georges Paulin, déjà connu comme étant l’auteur des fameuses Peugeot Darl’mat. Malheureusement, la guerre met un terme à ce projet (1). Après guerre, la SAPRAR proposera aussi, au salon 48,  une des premières transformations d’une 4cv déclinée en version luxe avec toit ouvrant (ce modèle sera, dans un deuxième temps, proposé directement par la Régie).
 
La SAPRAR vue du boulevard Gouvion-Saint-Cyr en 1963 (doc. IGN)
La société est basée au 83 Boulevard Gouvion-Saint-Cyr dans le 17ème arrondissement de Paris (un des fameux boulevards des maréchaux, aussi nommés boulevards extérieurs, qui ceinturent la capitale) (2). Curieusement, ce site possède déjà un vrai passé lié à l’industrie automobile puisque, au début du siècle dernier, ce sont les automobiles Peugeot que l’on trouvait à cette adresse ou, plus tard, les établissements Magondeaux (Société d’équipement électrique), précurseurs dans le domaine de l’éclairage à acétylène, qui déménageront, pour céder la place à la SAPRAR, au 212 ter Boulevard Pereire.

La CIJ aurait pu proposer cette version
Par la suite, la SAPRAR, au travers de ses catalogues à destination des professionnels, s’ouvrira à de multiples fournitures comme par exemple : des chalumeaux pour les soudures, des bornes de batteries, du matériel de graissage, des groupes compresseurs, des machines outils, des appareils de levage, et même des meubles de bureaux... Un vrai inventaire à la Prévert en quelque sorte, mais en terme de communication on ne plaisante pas : « SAPRAR est le seul organisme de vente en gros officiellement agréé par la Régie Renault pour diffuser les accessoires et les outillages qu’elle a homologués ».
On peut aisément imaginer le volume engendré par ces ventes en gros...

Les particuliers ne seront pas non plus oubliés et, à travers les 4cv et les Frégate, puis par la suite les Dauphine, ce sont de nombreux accessoires et équipements, sous toutes les formes, qui leur seront proposés, allant des enjoliveurs aux peintures pour « flanc-blanc » en passant par des aspirateurs pour auto…  Enfin, cerise sur le gâteau, la SAPRAR pensera aussi aux enfants (comme Citroën en son temps) et seront aussi disponibles, chez les agents Renault, des jouets miniatures, à différentes échelles, sous l’appellation de « Jouets Renault » !

En terme de jouets Renault, nous avions vu que, jusqu’alors et ce depuis l’année 1934, la firme C.I.J. sous le slogan « Jouets Renault – Jouets de France » en assurait la diffusion exclusive. Le catalogue comprenant une vaste gamme s’étendant des petits modèles économiques, au 1/43ème, jusqu’aux superbes voitures et camions hauts de gamme, comportant de nombreuses  finitions (portes ouvrantes, éclairage…), réalisés à des échelles nettement supérieures. Au tarif de 1941, il est toujours question de « Jouets Renault » et à la fin des années quarante, début des années cinquante, une très belle affiche nous présente la toute nouvelle 4cv C.I.J. en tôle, et, là encore, il est clairement question de « Jouets Renault – Jouets de France ». Mais, sur les tarifs de la décennie suivante (1951/1952) cette mention a disparu… 
 
Par ailleurs, on apprend dans la revue nos Jouets nos Jeux (numéro 9 de novembre 52) que « Par délibération du 2 juillet 1952, la société anonyme Compagnie Industrielle du Jouet a nommé en qualité de président directeur générale M. Becdelievre, en remplacement de M. Albisson ». Le capital de la société étant porté de 45 millions de frs à 75 millions. Un nouveau PDG entrainant une nouvelle politique commerciale... Il n’existe pas, à notre connaissance, d’éléments factuels mentionnant l’arrêt de la collaboration de la C.I.J. (exclusive pour le zamak ?) avec la Régie Renault mais on constate conjointement, d’une part, l’arrivée de miniatures d’une autre marque (Panhard) au sein des catalogues et, d’autre part, la reprise de l’appellation « Jouets Renault » par la SAPRAR avec, certes, une base importante de modèles issus des usines de Briare, mais pas  uniquement…

Concernant les jouets, le document SAPRAR le plus ancien que nous connaissions (novembre 1953) est un simple feuillet imprimé recto/verso (Toutes les références y sont spécifiques comme pour l’ensemble des fournitures proposées par la société). Il nous présente un large échantillonnage de la gamme des jouets dédiés à la firme Renault disponibles à cette époque. Les plus petites échelles sont surtout représentées par des modèles C.I.J., finis en métal, avec un mélange des nouveautés de l’année : la Frégate (Réf 3/51),  les Prairie, Savane et Colorale (Réf 3/42 – 3/43 – 3/44) ou le camion 7 tonnes (Réf 3/25), conditionnées en boîte de 6 et des déjà anciennes 4cv, encore montées en roues métal, toujours vendues dans les rares boîtes de 12 en coloris assortis ! Pour rappel, ce conditionnement, était déjà en vigueur avant guerre pour les petites Viva grand sport en tôle. 
 
Rare publicité de 1952 où il n'est plus question de Jouets Renault

Les fameuses boîtes de 12 modèles qui perdureront pour la vente des 4cv

Figurent aussi, pour le 1/43ème, les 4cv mécaniques (Réf 4/48) et les rares premières Frégates Minialuxe en matière plastique. À une échelle un peu supérieure, on découvre les 4cv et  Prairie de la marque J.Y.M, modèles atypiques fabriqués en caoutchouc dans l’esprit des « rubber » américains. Une gamme étendue de modèles agricoles est aussi présente et, pour les « grandes » Frégate, le choix est offert entre les très belles GéGé  en matière plastique et les versions C.I.J. en métal embouti.
 
Enfin, toujours dans la gamme des Frégates, c’est la marque Devillaine qui est à l’honneur avec une rutilante voiture à pédales, équipée de toutes les options : éclairage électrique, poste de T.S.F.et pare-brise en rhodoïd ! Les établissements Devillaine Frères, situés à Charlieu sur Loire, alors spécialisés dans les voitures d’enfants (Landaus-poussettes – poussettes normales et exta-pliantes), étendent leur production aux voitures à pédales au début des années cinquante. Un secteur en pleine essor au sortir de la guerre mais où la concurrence est rude avec, par exemple,  les établissements Guy, situés à Givors sur Rhône, qui à l’automne 53 sortent quelques 150 voitures à pédales par jour « c'est-à-dire un rythme supérieur à celui des usines Citroën sur les chaînes de traction avant… ».

Dans leur ensemble, les prix affichés semblent très attractifs avec, par exemple, une 4cv miniature C.I.J. au prix de 122 frs (1474 frs la douzaine) alors que sur le tarif 53 de la même marque elle est proposée à l’unité au prix de 165 frs. Idem pour les nouvelles petites Frégates au prix de 167 frs (1002 frs la boîte de 6) par rapport aux 190 frs du tarif C.I.J. Ces prix s’expliquent sans doute par des volumes d’achat conséquents de la part de la SAPRAR et donc une diffusion à grande échelle chez les très nombreux concessionnaires…

Par la suite, vers 1955 / 1956, apparaissent pour C.I.J.  la série des 1000 kg, les autocars (Réf 3/40), ou la version taxi de la Colorale (Réf 3/45). Les 4cv, toujours présentes en calandres à six barres, sont dorénavant conditionnées en boîtes de 6 (une teinte par boîte) et uniquement disponible en gris ou en vert ! Les Frégate conservent elles aussi ce conditionnement avec un choix de coloris plus étendu : vert, bleu, gris ou bordeaux. Concernant le plastique, la firme Minialuxe cède sa place à la marque Norev et à ses toutes nouvelles 4cv (avec ou sans moteur) équipées, elles, de la nouvelle calandre à trois barres.

Automobile de France 1954
Automobile de France 1955
Sur le catalogue de 57, on constate un changement d’adresse avec une migration sur Boulogne-Billancourt (alors département de la Seine). Il s’agit cette fois d’un vrai catalogue sur quatre pages. Les C.I.J. y sont toujours très bien représentées et la palette s’est nettement étoffée. Nous y trouvons, entre autre, les superbes camions 7 tonnes en tôle et on peut aussi noter la présence de plusieurs nouveautés dans la gamme des autos miniatures comme l’étoile filante (Réf 3/2), la Dauphinoise en version PTT (Réf 3/68), ou le fourgon 1000 kg PTT (Réf 3/60 T). 
 
Apparition aussi d’une des nouvelles micro-miniatures sous la forme du camion benne (Réf M 4). Les petites Frégate (Amiral) et les 4cv sont encore référencées en boîtage de six pièces, avec toujours la calandre à 6 barres des débuts pour la version civile de la 4cv (stock à épuiser ? Ou plus certainement la conservation, pour la mise en page, d'un cliché devenu obsolète) alors que la nouvelle version police parisienne (ou urbaine) également dite « Pie » (Réf 3/49) bénéficie en toute logique, de la nouvelle calandre dès sa première apparition au catalogue.  
 
Le plastique est lui aussi toujours présent avec les marques GéGé ou Norev qui, au 1/43ème, adjoint à ses 4cv sa toute dernière Dauphine (avec ou sans moteur), avant même la présence du modèle C.I.J. ! Chez Devillaine, la Frégate est devenue Amiral et est maintenant accompagnée d’une 4cv (en deux finitions) et d’une Dauphine. Enfin, le charmant petit garage Renault, en isorel, a pris un coup de neuf avec la réactualisation de ses pompes à essence.

                                    Sur une dizaine d’années, par le biais des concessionnaires, c’est donc une gamme importante, et très représentative du riche éventail des miniatures Renault existantes, qui est proposée.  Apparemment, la SAPRAR a continué ses activités commerciales jusqu’au début des années 60. L’arrêt de la diffusion de ses « Jouets Renault » a sans doute précédé la cessation d’activités de la C.I.J. (1967), de quelques années... Et malgré une ouverture à l'export, il est envisageable que la perte de cette clientèle ait précipité la chute de cette marque.
 
Il en reste une filiation indéniable entre ces deux sociétés et, pour les amateurs d’autos miniatures que nous sommes, au travers de ces rares documents, un témoignage marquant d’un passage de relais pleinement réussis.
Un article rédigé par Vincent Pirot
 
1 - Dans les années 80, Gérard Dahinden fera revivre ces deux voitures, au 1/43ème, sous la forme de très belles reproductions, en résine, dans sa collection « Belle époque »
2 - Aujourd'hui l'hôtel Méridien en face du palais des congrès, le garage et les bureaux sont détruits en 1968

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