Essai : CIJ - Frégate 3/52 & Manoir 3/53 - 3/53A

Première apparition au catalogue 1957 de la CIJ
Nous l’avons vu, en 1953 la Frégate est proposée en deux versions : une dépouillée, dénommée Affaires, et une autre, plus luxueuse, qui porte le nom d’Amiral. Disponible en cinq teintes (les cinq couleurs de base de la 3/51 ?), l’Amiral peut aussi bénéficier en 1954, sous option, d’un toit ouvrant. Elle reçoit en 1955 une nouvelle calandre ovale et un moteur plus puissant. Au Salon de la même année, la série se dote d’un nouveau modèle sous la forme d’un break baptisé Domaine (Il sera amené à succéder à la Prairie dont les ventes prennent fin début 57). 
 
Notez l'image en forme de téléviseur (déc. 1955)
Au même Salon 1955 (année modèle 56), c’est l’apparition, pour les Frégate, de la Grand Pavois qui, équipée alors d’un nouveau moteur 12cv Étendard, se caractérise par une finition luxe et une peinture deux tons dont la répartition évoluera dès l’année 1957. Mais en 1959, exit la Grand Pavois, les Frégate sont désormais proposées en quatre versions : deux berlines Frégate, avec ou sans l’option Transfluide (apparue sur l''années modèle 1958 / Salon 57), équipées de gros clignotants débordants et d’une calandre simplifiée, et deux breaks, Domaine ou Manoir (nouveau modèle plus luxueux bénéficiant du nouveau look des Frégate). En 1960, c’est le chant du cygne pour la série dans son ensemble et les dernières Frégate sortent de chaines en avril.
Des couleurs à faire rêver...

La réclame de l'époque se veut moderne, avec dans une campagne publicitaire de décembre 55 dans les magazines, de superbes photos des premières Grand Pavois 1956, en quadrichromie, dont la découpe évoque la forme des écrans des téléviseurs de l'époque. Ce clin d’œil qui préfigure de quelques décennies le fameux "Vu à la TV !" a souvent été utilisé dans les réclames de cette période où un téléviseur faisait rêver tant de foyers, et notamment par un certain Joseph Véron dans le catalogue Norev 1955 (1). Et d'ailleurs, contrairement au dessin du catalogue CIJ 1957, la bonne répartition des couleurs de la Grand Pavois  ne sera pas retenue par CIJ mais par... Norev !

De son côté, la CIJ abandonne la production de sa « petite » Amiral (Réf 3/51) et jette son dévolu sur la nouvelle Grand Pavois. Mais, cette fois-ci, c’est l’échelle 1/45ème qui est retenue, restituant bien mieux la grosse berline haut de gamme de la Régie. Sur son catalogue de 1957 / 1958, la voiture est représentée en finition bicolore (bas de caisse d’une couleur et haut de caisse d’une autre) typique du millésime 56 chez Renault. Mais curieusement, la répartition de peintures retenue pour la production de la miniature est différente ! Il s’agit d’une découpe en V, au niveau des  portières, qui ne correspond aucunement à la réalité ?! 

Les deux assemblages de couleurs disponibles sur les premières Frégate 3/52

La nouvelle répartition de couleurs de 1957 (CIJ
s'en inspirera mais englobera aussi les ailes arrière)
L'Amiral CIJ, un projet avorté ? C'est bien dommage
L’année suivante, la répartition des teintes bicolores évolue chez Renault (1957) et, cette fois-ci, la CIJ appliquera sur ses modèles, avec un peu de retard, une découpe très approchante dite en « racine carrée ». 
 
La miniature, qui prend la suite de l’Amiral 3/51, est logiquement référencée 3/52. Le modèle est proposé dans deux superbes assemblages de couleurs suivant les versions, découpe en V : haut gris / bas rouge ou  haut bleu moyen / bas bleu pâle et pour la découpe en racine carrée : haut gris / bas rouge ou haut bleu pâle / bas bleu plus soutenu. 
 
Cette photo est datée de l'Ascension 55. La Frégate
est une Amiral enrichie, entre autres, d'enjoliveurs
d'ailes et surtout d'une superbe peinture bicolore ...
qui nous rappelle quelque chose ?! 
Elle est dotée d’une belle boîte dont les illustrations n’évolueront pas lors du changement de disposition des coloris. Deux faces représentent des Grand Pavois dont une crème et bleu non retenue en série, les deux autres sont illustrées par des Amiral ( ? ) bleue ou grise et portent la mention « Transfluide ». Pourquoi ces deux dernières illustrations ? Un projet avorté ? Alors qu’effectivement CIJ aurait pu faire d’une pierre deux coups en proposant la version Amiral (unicolore) à un moindre prix ! (Ce qu’a fait Norev avec son Amiral, disponible en 1957 au prix de 175 fr contre 200 fr pour la Grand Pavois, ou encore Quiralu, qui sur le moule unique de sa Simca Vedette, a été plus créatif en proposant trois modèles distincts : Trianon, Régence et Versailles, en jouant uniquement sur les répartitions de couleurs). 
 
Dans tous les cas, la référence à la transmission automatique « Transfluide » date la sortie des miniatures à l’année 1958, soit deux ans après la sortie du modèle à l’échelle 1 ! Décidément, la C.I.J. peine à sortir ses Frégate en temps et en heure (En comparaison, Norev commercialise sa Grand Pavois dès la fin 56, et avec la bonne disposition de couleurs. Par contre, de par la conception du modèle en deux parties distinctes, la nouvelle découpe de peinture ne pourra pas être reproduite l’année suivante).
 
Les deux assemblages de couleurs sur les deuxièmes versions... superbe !

 
Deux versions de châssis différentes sur les premiers
modèles, sans puis avec le trou destiné à l'attelage
Au catalogue 1959 : Deuxième découpe pour
la Grand Pavois et annonce du break Domaine
(3/53) doté de sa nouvelle calandre...
Le châssis de la miniature est gris métallisé, il y est inscrit par emboutissage : « FREGATE RENAULT – CIJ – MADE IN FRANCE », et pas de mention Grand Pavois… une porte qui restait ouverte pour une hypothétique version Amiral ? Cependant, contrairement à la version précédente (3/51) la marque CIJ apparaît dorénavant.
 
Les premiers tirages ne possèdent pas encore le trou à l’arrière qui sert à arrimer la nouvelle caravane (Réf 3/27). Les roues en métal sont vernies et, à priori, toujours chaussées de pneus blancs. Calandre, phares et pare-chocs sont rehaussés de peinture façon chrome. Les clignotants, ainsi que les feux arrière, reçoivent une touche de peinture rouge ou jaune. Le prix public, au tarif 1958, est de 310 fr pour une Frégate. Il demeure inchangé tout au long de sa production et, étonnement, le modèle est toujours présent (au même prix de 3,10 nouveaux Francs) sur le tarif de septembre 1963 ! Il est encore représenté, pour la dernière fois, sur le petit catalogue EUROPARC de 61 mais, contrairement au break 403 contemporain, il ne recevra pas de nouvelle boîte EUROPARC (rouge et bleu) en fin de carrière.
 
 « « Estate Car » du gentleman-farmer, la Manoir
est également la « Station Wagon » idéale de tous
ceux qui partagent une existence active entre la
ville et la campagne » (catalogue 1959)
Sur le catalogue 1959, en accompagnement de la Grand Pavois, est aussi illustré, sous la réf 3/53, un break Domaine (modèle mis en service dès 1956 par la Régie Renault). Il est représenté, non pas avec la calandre à trois barres de ses débuts, mais avec sa nouvelle calandre ovale simplifiée de fin de production… 
 
Break Domaine (première calandre), exemplaire
d'avant série vendu chez Collectoys en juin 2025
Mais, contrairement à ce qu’annonce le catalogue, ce modèle ne verra jamais le jour ! Il sera remplacé l’année suivante par le break Manoir (version haut de gamme sortie chez Renault en 1958 pour concurrencer la Simca Marly). À priori, l’étude du break Domaine (doté alors de sa première calandre) avait, en amont, été poussée assez loin chez CIJ puisque quelques très rares exemplaires d’avant série sont aujourd’hui connus. Ils sont totalement aboutis dans leurs réalisations allant même jusqu'à posséder un châssis dédié « DOMAINE – CIJ – MADE IN FRANCE ». 
 
Un premier modèle, en état de jeux, a été mis au jour au début des années 2000. Il est fini en bleu clair et son châssis n’a pas reçu de peinture. Son historique détaillé a été relaté sur deux pages dans un article fort instructif de LA VIE DU JOUET (n° 124 – Juillet 2006). Un deuxième modèle, cette fois-ci en parfait état de conservation, vient d’être proposé en salle de ventes chez Collectoys (vente du 28 juin 2025), en existe-t-il d’autres ? Les hypothèses concernant ce projet avorté sont nombreuses (voir encadré), mais le mystère reste entier…  
 
Manoir assemblé sur un châssis de Domaine non serti
Essai de couleur (havane métallisé) sur Manoir.
C’est donc, en 1960, qu’apparaît le nouveau break Manoir CIJ. Il va être un des premiers modèles de la nouvelle série EUROPARC créée la même année. Il reprend à son compte la référence 3/53 qui avait été attribuée au break Domaine. Cette nouvelle miniature n’est pas juste une adaptation du projet Domaine et les différences entre les modèles sont nombreuses (voir l'encadré ci contre dans lequel quelques pistes sont évoquées par Olivier Vergne lors de la vente, à Nîmes, du premier exemplaire du break Domaine mis à jour en 2004). Par ailleurs, si l’on compare visuellement les deux, on se rend tout de suite compte du dénuement extrême de la version Domaine en opposition totale avec le riche traitement de la Manoir, présentée en break de chasse, à la façon des woodies Américain.
 
Les nouveautés 60 avec la sortie des
Manoir programmée pour début juin...
Nous ignorons tout du modèle qui a servi de base à la miniature… mais il faut savoir que dans l’immédiat après guerre, Peugeot avait mis à son catalogue une 202 break associant la tôle et le bois, et, qu’à la même époque, Simca commercialisa aussi une version Canadienne de sa 8.
 
Au milieu des années cinquante, quelques carrossiers proposaient encore, au compte gouttes, ce genre de réalisation. Toujours traitée au 1/45ème, la miniature est cette fois équipée d’un bloc vitre et d’une suspension (un simple élastique qui avec le temps à tendance à lâcher !). Le coloris proposé, rouge rosé / flancs marron et crème, est unique. Un prototype / essai de couleurs est connu en gris clair, sans vitrage, il possède encore le châssis de la Domaine non serti à la carrosserie (vente Collectoys du 13 décembre 2025). Il existe aussi une autre version unicolore, fini en marron métallisé... 
Catalogue 60/61, le break de chasse est annoncé avec glaces et banquettes !
 
Le châssis est embouti et porte l’inscription « BREAK DE CHASSE – EUROPARC - CIJ – MADE IN FRANCE», il est peint en gris métal et reçoit la couleur rouge de la carrosserie sur les derniers modèles. Les roues, en aluminium, sont chaussées de pneus blancs ou, plus rarement, de pneus noirs. La boîte est du type EUROPARC, donc traitée en rouge et bleu, avec ses grandes (et fragiles) ouvertures circulaires sur deux faces, les deux autres comportant un dessin réaliste du modèle. 
 
Deux  modèles dérivés de la Manoir Renault, peut être la
seule allusion de la C.I.J. aux Manoir (aucune inscription
 sous les châssis ni sur les boîtes n'y faisant référence)
Le prix de la Manoir est de 4,80fr en 1961, et l’on trouve encore sa trace sur le tarif de juin 1964 avec un prix inchangé (liquidation des stocks ?). Le modèle est toujours représenté dans les publicités CIJ / EUROPARC comme équipé de banquettes mais cet ajout n’apparaît plus sur son descriptif, lors de sa dernière apparition, au catalogue de 1962... La raison ? C’est que dans  la réalité, cette finition n’a jamais existé !
 
En bas une ambulance dotée du bloc vitres,
non opacifié à l'arrière, du break de chasse
Conjointement au break de chasse, la CIJ propose également, en 1960, une version « ambulance privée » de la Manoir (réf 3/53A). Le modèle prend la place de la « berline ambulance » Colorale sorti en 1958 (qui n’aura été produite que deux ans). Elle emprunte à cette dernière le petit fanion en papier qui passe cette fois-ci sur l’aile avant gauche (le dessin de la boîte le représente à droite comme sur la Colorale ?). 
 
Dernière représentation des Manoir sur le
catalogue professionnel de 62, il n'est plus
question de banquette sur le break de chasse
Elle est finie en bleu et blanc avec une découpe en pointe sur le capot, qui se prolonge sur les flancs du véhicule à l’aide de décalcomanies ornées d’une croix bleue. La même croix, plus petite, est apposée à l’arrière droit du modèle. Les finitions sont identiques au break de chasse si ce n’est l’opacification des vitres arrière (absente sur de rares modèles). Les gros clignotants avant, typiques de la Manoir, sont, comme sur le break, peints en argenté. Le châssis porte la mention « AMBULANCE RENAULT – EUROPARC – CIJ – MADE IN FRANCE ». Et là encore, elle bénéficie d’une très belle boîte EUROPARC. Elle est proposée au prix public de 4,80 fr en 1960 / 1961 mais disparaît du catalogue dès 1962, laissant à son tour la place à la nouvelle ambulance Citroën…
« Une nouvelle grille de calandre en métal déployé,
de nouveaux dispositifs de feux avant et arrière, et
de nouvelles teintes de carrosserie, distinguent
extérieurement la Frégate 59 »
 
Au final, cette dernière série de Frégate conçue par CIJ est une grande réussite. Se situant à un moment charnière, elle est en même temps encore représentative des autos miniatures très dépouillées des années cinquante (Grand Pavois) et, par ailleurs, annonce déjà le tournant à venir de la décennie suivante (Manoir), tournée vers une recherche toujours accrue de réalisme. Les coloris et les déclinaisons des modèles sont superbes (on regrette bien entendu une vraie suspension sur les Manoir). Mais plusieurs questions restent en suspens : Pourquoi l’abandon du break Domaine ? Pourquoi cette découpe en V inédite sur les premières Grand Pavois ? Pourquoi ne pas avoir équipé le break de chasse  des banquettes annoncées ? Et enfin, pourquoi ne pas avoir produit, en parallèle des modèles proposés, des Amiral ou des Manoir (transfluides) unicolores ?
 

Un article rédigé par Vincent Pirot
Merci à Michel pour les photos de ses autos
(1) Voir le bel article sur le catalogue Norev 1955 sur ce même merveilleux blog (ndlr)

Dernières Frégate 1960 : « la Frégate est à tous les rendez-vous de la joie
et de l’élégance en 6 couleurs de bon ton : Blanc Réjane, Gris Montespan,
Gris Pompadour, Rouge Inca, Vert Sévigné, Noir Médicis ».
 

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